
Le travail nécessaire à l’élaboration et à la rédaction d’une dissertation philosophique peut, en gros, être divisé en six étapes.
Consacrez-y un temps suffisant : ne vous précipitez pas sur le sujet qui semble immédiatement le plus « facile » : vous pourriez découvrir ensuite qu’en fait, il ne vous « inspire » guère, et il serait évidemment fâcheux de devoir changer de sujet au bout d’une heure !
C’est pourquoi il faut lire et relire soigneusement les trois sujets proposés, sans initialement en privilégier aucun, et si possible en notant sur une feuille de brouillon les idées qui vous viennent à l’esprit à leur propos. En comparant ces notes, et en essayant d’imaginer quels développements ultérieurs elles pourront produire, vous risquez moins de vous tromper.
Il s’agit de commencer à élaborer un plan. Mais en accueillant d’abord les idées dans le désordre.
Notez en conséquence au brouillon tout ce qui vous vient à l’esprit, sans vous soucier de le rédiger correctement : idées personnelles, références possibles à des auteurs ou à des textes lus en cours d’année, souvenirs littéraires, emprunts à l’histoire aussi bien qu’à l’actualité au sens le plus large, exemples, etc.
Il s’agit maintenant de composer un vrai plan, c’est-à-dire de mettre les idées en ordre.
Pour y parvenir :
Il est fortement conseillé de rédiger directement la copie au propre, sans passer par un brouillon complet. Cependant, on peut faire un brouillon pour l’introduction, dans la mesure où elle a un rôle évidemment important de mise en appétit du lecteur : on s’attachera donc à son élégance formelle autant qu’à sa pertinence.
Pour le reste de la copie (différentes parties et conclusion), la rédaction s’effectue avec le plan sous les yeux : il s’agit maintenant de formuler et d’expliciter les idées et arguments déjà mis en ordre, ce qui ne doit pas poser de problème particulier. Écrivez en prenant votre temps pour formuler clairement ce que vous avez à dire. Évitez le jargon inutile, qui n’impressionne personne, mais aussi le style trop familier. Ne multipliez pas les allusions à votre pensée « personnelle » (« je pense »...), puisque cette dernière est bien plutôt collective : trop user du « je », c’est être victime d’une illusion d’originalité, ce qui, philosophiquement, n’est pas très positif...
Bien entendu, tout le monde sait qu’il faut relire. Comment se fait-il alors que les correcteurs du baccalauréat aient si souvent l’impression que cela n’a pas été fait ? Relisez donc, attentivement, pour supprimer les fautes d’orthographe (une surabondance de fautes d’orthographe dans une copie peut coûter jusqu’à deux points par épreuve), corriger une expression un peu défectueuse, compléter une phrase, etc.
Puisque, au baccalauréat, l’épreuve de philosophie dure quatre heures, nous vous proposons d’organiser votre temps de la manière suivante :
Le troisième sujet proposé consiste dans l’étude d’un texte extrait de l’œuvre d’un philosophe faisant partie de la liste des « auteurs au programme ».
Cet extrait est précédé de la mention :
Expliquer le texte suivant :
et suivi de :
La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.
Bien qu’il s’agisse d’une explication de texte, elle doit être rédigée et prendre la forme d’une véritable dissertation : introduction, parties et paragraphes nettement distincts, conclusion, dont l’organisation dépend de ce que propose l’extrait.
Puisqu’il faut prouver une « compréhension précise du texte », on doit d’abord procéder à une mise en ordre des idées de l’auteur. Cela peut signifier, éventuellement, que ce dernier, dans l’extrait qui vous est soumis, a bousculé de façon plus ou moins notable ce que serait l’ordre logique d’une démonstration classique – ce peut être pour obtenir des effets rhétoriques, pour choquer volontairement le lecteur en affirmant immédiatement un énoncé surprenant ou paradoxal qui ne sera démontré qu’ultérieurement, ou pour pratiquer, comme le disait Nietzsche, une philosophie « à coups de marteau ». Dans un cas de ce genre, il faut d’abord restaurer à votre propre usage l’argumentation que le texte sous-entend.
Toutefois, la majorité des extraits proposés à l’examen est rédigée de manière logique : l’auteur y soutient une thèse (qui peut être formulée dès le début, ou dans la première phrase) et l’argumente de façon rigoureuse. Dans ce cas plus simple, votre devoir pourra suivre l’ordre d’exposition suggéré par l’extrait.
Quoi qu’il en soit, votre premier travail doit consister nécessairement à repérer clairement le problème abordé, et la thèse que soutient l’auteur – puisque c’est son explication que l’on vous demande. Pour cela, il est d’abord nécessaire de lire le texte plusieurs fois, de façon à vous en imprégner. Ensuite, il faut en préciser le plan, afin de mettre en place les différents moments de l’explication.
Davantage encore que dans une dissertation « classique », l’ordre de votre exposition rédigée sera exactement l’inverse de celui de votre réflexion préparatoire. En lisant, vous découvrirez en effet des propositions, ou des phrases, qui peuvent se regrouper en parties. Il est alors possible de pratiquer une sorte de « remontée » progressive vers l’essentiel :
Pour rédiger votre devoir :
Une explication approfondie doit s’appuyer sur les suggestions (thème et thèse) du texte : il n’est pas question de vous lancer dans des considérations tous azimuts sur, par exemple, la liberté, sous prétexte que l’extrait en parle d’une certaine façon. Le cours reçu dans l’année, même si vous le connaissez bien, ne doit jamais être restitué tel quel dans la copie ; il convient au contraire d’y choisir ce qui peut être utile au commentaire et de le remettre en forme.
Le but du commentaire est de montrer que le texte (vous) donne à réfléchir. Il convient de souligner son intérêt, en montrant, selon sa nature propre :
Dans tous les cas, votre explication du texte doit obéir à un souci de construction formelle aussi rigoureux que pour une dissertation classique. Cela signifie notamment que vous ne devez jamais vous contenter d’opposer à la thèse de l’auteur une thèse contradictoire : une telle démarche ne mène à rien et demeure sans conclusion possible, puisqu’elle suggère, au mieux, que la solution consisterait en un panachage éclectique sans rigueur, ou que vous laissez au correcteur le soin de choisir (en jouant à pile ou face ?) la position que vous prétendez défendre dans la copie.